Cela devait bien arriver à un moment où à un autre.
18 juin 1992 : Torturé par les radiations gamma, son corps se dérobait à lui.
Dimitri payait à présent sa négligence lorsqu'il avait eu recours à l'accélérateur de particules quelques mois plus tôt : le faisceau radioactif né des réactions en chaîne de l'uranium avait mis à mal tout son organisme.
Mme Idalina avait eu la chance de mourrir pendant son coma, elle n'avait pas eu à endurer la souffrance de ses brûlures. Noyée dans sa lymphe et dans son sang, elle avait connu une fin digne d'une sainte... Ce ne serait pas le cas de Dimitri, car l'infirmière qui quitte à présent la salle lui a annoncé sans détour qu'il avait désormais une leucémie. Son tissu sanguin se modifiait, ses cellules proliféraient sans aucune logique, et ne remplissaient plus leur fonction.
22 juin 1992 : la solitude approfondit le désespoir, on vient d'annoncer à Dimitri qu'il allait bientôt entamer sa cure de chimiothérapie... ce soir. Chose incroyable, il va subir le sort de ses propres cobayes.
28 juin 1992 : sa douleur est inqualifiable, tout son corps semble brûler de l'intérieur, Dimitri, pour ne pas affoler sa mère, a préférer remettre à plus tard la visite qu'il devait recevoir d'elle.
30 juin 1992 : apparemment l'abnégation de Dimitri devant la mort a ému le Dr Panurge qui lui a prescrit des prises quotidiennes de morphine.
La morphine fait très bien son effet, Dimitri ne sait ni où il est, ni ce qu'il devient, il croit avoir eu d'autres visions de l'outremonde pendant son addiction, mais il n'en est pas sûr, la douleur, tout comme les sensations, est devenu un concept lointain, si lointain. Qu'il est désormais prêt à accueillir la mort les bras grands ouverts.
22 décembre 1992 : cela fait deux semaines que l'on a cessé de distribuer de la morphine à Dimitri, et, chose étrange, la douleur n'est pas réapparue. En effet, le Dr Panurge lui annonce qu'il est guéri. Partiellement chauve, brûlé au second degré sur des parties non visibles du corps, encore dépendant à la morphine, toujours radioactif, affaibli sur le plan musculaire, mais guéri.
Maintenant va commencer sa cure de désintoxication.
Et Dimitri tombe de Charybde en Scylla, désormais ce n'est plus seulement son organisme mais aussi son esprit qui crie à l'aide. Il rêve des injections, il prie il ne sait quel dieu pour ses injections, il supplie les infirmières pour ses injections, chaque seconde semble une éternité, chaque nuit lui apparaît comme l'antichambre de l'enfer, chaque nouveau remède n'est à ses yeux qu'un placebo...
Mais le temps passe et il en vient à faire fi de ses obsessions.
1er avril 1992 : Dimitri Rafallovich est libre! De corps et d'esprit!
Après avoir remercié ses infirmières ainsi que le Dr Panurge, il emprunte la cour de l'hôpital qui le mènera jusqu'à son arrêt de bus. Il est maigre comme un spectre, la voix cassée pour avoir trop hurlé ces derniers mois, le muscle amoindri à cause du temps qu'il a passé alité, encore chauve à cause de la chimiothérapie, le regard hagard, les yeux meurtris 12h09. Il emporte faiblement ses affaires et, d'un pas traînant, il s'apprête à rejoindre la société humaine... et mutante.