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 Passage à tabac d'un intellectuel 1989

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MessageSujet: Passage à tabac d'un intellectuel 1989   Mer 27 Jan - 11:27

[b]"Gorbatchev n'a pas su tenir les rênes du pouvoir" disent certains.
"Staline a mené l'Union soviétique vers une impasse de puis le début" affirment d'autres.
"Khrouchtchev a ruiné les démocraties populaires" murmurent les derniers.
Qui est le responsable de l'humiliation du glorieux peuple russe?
Dimitri n'en sait rien, sa cause est plus grande que celle de la nation, sa cause n'est pas celle du prolétariat. Il n'est pas Stakhanov, il est Prométhée.
Sa mission est de dérober la flamme de la connaissance aux dieux pour l'offrir aux hommes... quel qu'en soit le prix. Il aime, en ces longues nuits de janvier, se comparer à ce noble titan. Il souhaite être reconnu par l'humanité toute entière pour cette quête qui profitera un jour au monde entier. Jeune scientifique à Moscou, il travaille en ce moment même dans un logement de fonction que lui a accordé depuis six ans le gouvernement russe suite à des résultats prometteurs. Ce jugement sur sa personne le comble d'espoirs et il est actuellement convaincu d'être perçu par tous comme l'élite de la nation, celui qui accordera par ses découvertes à l'Union soviétique de renaître de ses cendres.
Mais cet avis n'est pas partagé par la population...
Il va l'apprendre dans quelques instants.

Alors qu'il travaille encore à décrypter le génome du rat, donnant ainsi crédit au système du scientifique du chercheur américain Morgan (un généticien honni par le gouvernement soviétique pendant des années car il faisait de la "science capitaliste", c'est à dire contraire à celle de Lysenkov, le chercheur russe reconnu par le parti), il entend frapper à sa porte.
Il jette furtivement un regard à travers le judas. C'est le visage de Tannya, sa soeur aimée qu'il entrevoit. Étrangement elle est pleurs et a un oeil au beurre noir. Épouvanté, Dimitri ouvre précipitamment la porte pour aller soigner sa soeur, quelle idée de sortir à 20H00!
Celle-ci se jette dans ses bras, désespérée, elle lui demande de lui pardonner. Lui pardonner quoi? Lui pardonner d'être restée à la porte pour qu'il lui ouvre?
Lui pardonner d'avoir permis aux gardes de plomb d'entrer!

Quatre hommes habillés dans un mélange de treillis et de vêtements militaires viennent de passer la porte!
Dimitri est actuellement sur le sol, déséquilibré par sa soeur en pleurs.
[b]"Q-Que me v
oulez-vous?"
"Salut traître, c'est toi qu'a écrit ce torchon?" lui hurle le chef du groupe de miliciens autoproclamés. Il lui jette une page d'un journal scientifique, "la flamme des peuples", où Dimitri a écrit un ou deux articles. Comment ont-ils mis la main sur ce document? Ils n'ont pas l'air du genre à s'intéresser à ce genre de littérature. Ont-ils au moins déjà lu autre chose que des tracts ou des bannières?
Dimitri jette un regard sur le journal à moitié déchiré : il s'agit bien de son article intitulé "Le régime socialiste entrave la sélection naturelle".
"Tu t'souviens, sac à m%rde, t'as écrit que le communisme allait ruiner l'espèce! On va t'montrer que ça a pas du tout affaibli les prolétaires!"
Sur ce, une chaîne de vélo tournoya dans les airs avant de s'abattre sur le dos de Dimitri tandis qu'une chaussure d'intervention le frappait en plein visage, lui cassant le nez.
"Attendez, attendez, z'avez vu les piaules des nouveaux bourgeois? On peut dire que cet intello a bien su exploiter les faiblesses du système! Ordure, c'est ta faute si on en est là!"
Annonce un milicien balafré d'une voix forte en grisant le mobilier de sa batte de baseball. Un autre de ses camarades le rejoint pour lui prêter main forte dans son entreprise de démolition.
Après cinq longues et terribles minutes de sévices et de destruction, le chef, Piotr, comme se plaisent à l'appeler les autres gardes de plomb, annonce au frère et à la soeur désemparés, blessés :
"Bon, j'crois t'as capté la leçon, duc%n, si le parti fait rien, c'est pas le cas de tout l'monde. Et y a la rue qui veille, même sur tes journaux capitalo!"[/b][/b]
Il quittent alors précipitamment les lieux, avant que la police ne rapplique. Laissant Tannya en pleurs et Dimitri en sang.
"Ces derniers se jettent un regard entendus : ce n'est plus notre pays. Il va falloir songer à la quitter au plus vite!"
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