Alice Drake Humaine
Nombre de messages: 926 Date d'inscription: 06/01/2010 Localisation: Dans les rues, à guetter... Clan: neutre Age du personnage: 28 ans Profession: Lieutenant de Police. Points de rp: 202
 | Sujet: Prise de conscience d'une perte Mer 24 Mar - 15:55 | |
| Le soleil s’éclipsait lentement à l’horizon et le sol brûlant de Carson City dégageait des vapeurs troubles qui remontaient tels un mirage incertain. Les cheveux dans les yeux, à bout de souffle et élançant ses jambes avec détermination, une gamine aux prunelles sombres courait comme si elle avait le diable au corps. Elle avait presque neuf ans, de longs cheveux noirs qui lui descendaient au bas du dos, un visage pourtant juvénile qui était marqué par une gravité d’adulte. Elle se fichait du regard qu’avait posé les habitants du quartier sur elle – elle se fichait à vrai dire de tout ce qui l’entourait excepté ce que ses yeux désiraient voir. L’enseigne du pâtissier, spécialisé dans les tartes, The Pie Hole d’où s’échappaient d’exquises odeurs de pâte levée et de fruits frais. Elle y avait passé de si bons moments en compagnie de ses parents. Carolyn prenait toujours une part de tourte aux figues et Jack préférait la bonne vieille tarte au chocolat. Quant à elle, elle avait jeté son dévolu sur la tarte aux myrtilles, une des meilleures que confectionnait le pâtissier. C’est autour de ces sucreries qu’ils aimaient à rire en famille, y fêtant même la majorité de ses anniversaires.
TUUUUUUUUUUUUUUT
La gamine s’arrêta brusquement, manquant d’être renversée par la voiture qui venait de klaxonner. Effarouchée, respirant à pleins poumons, elle s’appuya contre un lampadaire qui cernait l’avenue principale.
« Alice ! » S’écria une voix masculine derrière elle.
C’était une voix fatiguée, lasse et grave. Cette voix, elle ne la connaissait que trop bien – c’était celle de son père, Jack. Un père qui semblait avoir pris un coup de vieux en quelques minutes seulement. Un père qui se devait de ramener se fille à la maison. L’homme aux tempes grisonnantes la rejoignit assez vite, faisant un bref signe de la main à la voiture qui avait klaxonné après elle quelques secondes plus tôt. Les yeux inquiets et si clairs de son paternel plongèrent dans les siens – ses yeux de petite fille à la fois graves et attristés. La petite Alice avait hérité des yeux de sa mère, noirs et de ses cheveux ténèbres. Rares avaient été ceux qui avaient dit « Elle ressemble à son père ». Il fallait chercher la ressemblance. Jack s’agenouilla par terre et posa ses mains puissantes sur les deux épaules fragiles de sa petite fille, fermant les paupières durant quelques secondes pour reprendre son souffle.
« Allez Alice… On va rentrer à la maison. Ne me refais plus jamais ça ! Il aurait pu t’arriver quelque chose ! » Lui lâcha-t-il en fronçant les sourcils dans son habituelle contrariété.
La gamine afficha une mine déconfite, la lèvre inférieure pincée en signe de ressentiment. Son père ne pouvait pas lui mentir, son père ne pouvait pas faire comme si de rien n’était. Il ne pouvait pas faire croire que ce n’était pas grave.
« Maman va mourir. » Rétorqua-t-elle après quelques secondes de silence. Sa voix avait été sèche et tranchante, une voix que l’on n’aurait pas soupçonnée provenir d’une fille de cet âge.
Son père lui lança un regard alerte, mêlé de tristesse et de dépit. Elle pouvait lire en ses iris si troublant qu’une certaine colère et amertume l’habitait, irrévocable et violente.
« Ne dis pas ça. Ta mère est soignée. » Rétorqua-t-il, acide.
Alice se déroba sous l’étreinte de son père, faisant quelques pas en arrière pour secouer la tête.
« Papa, n’essaie pas de me protéger et de me mentir. »
Jack la voyait grandie, dotée d’une maturité inquiétante – la prise de conscience de la mort n’était pas facile pour un gosse – mais Alice avait compris bien assez tôt de quoi il en retournait. Cela faisait plus de six mois que sa mère suivait une chimiothérapie, chose qui était sensée la guérir mais qui au goût d’Alice la clouait au lit plus qu’elle ne la relevait. Elle la voyait dépérir, de jour en jour – la pétillante Carolyn n’avait plus de cheveux et avait perdu l’étincelle qui animait son regard. Alice avait espéré, prié – mais en vain d’après la situation actuelle. Les yeux brillants de la fillette se fixèrent sur le sol et quelques larmes se mirent à rouler sur ses joues pour s’écraser sur le bitume brûlant. Elle se sentait terriblement impuissante, tout comme son père qui la prenait dans ses bras pour la serrer aussi fort qu’il le put.
« Profitons de ta mère et montrons lui comment nous l’aimons d’accord ? » Lui demanda-t-il en réprimant l’expression de son affliction.
Alice hocha la tête, saisissant la main de son père pour le suivre jusqu’à la maison familiale. Carolyn les y attendait – embrumée par les effets de la maladie. |
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